Les législateurs américains ont vivement interrogé Michael Selig, président de la Commission des opérations à terme sur matières premières (CFTC), au sujet de l’intégrité des marchés et de l’essor des marchés de prédiction, alors que les inquiétudes grandissent concernant les délits d’initiés et les lacunes réglementaires.
Lors d’une audition devant la commission de l’agriculture de la Chambre des représentants, le jeudi 16 avril 2026, Selig a été soumis à un examen minutieux sur la manière dont l’agence supervise les plateformes de trading liées à des événements, notamment celles proposant des contrats sur des résultats sportifs et géopolitiques.
Une politique de « tolérance zéro » en matière de manipulation
Selig a déclaré aux législateurs que l’autorité de régulation appliquait une politique de « tolérance zéro » en matière de fraude, de manipulation et de délit d’initié, avertissant que les contrevenants s’exposaient à des sanctions. Il a toutefois refusé de fournir des chiffres précis lorsqu’on lui a demandé combien de contrats l’agence avait rejetés ou combien d’enquêtes étaient actuellement en cours. Il a indiqué que la CFTC rejetait « régulièrement » des contrats auto-certifiés et a laissé entendre que le nombre d’enquêtes pourrait se compter « par centaines ou par milliers ».
Cette audition intervient alors que l’attention portée à l’autorité de régulation s’est accrue à la suite de rapports faisant état d’activités de trading inhabituelles avant des annonces politiques majeures, notamment des paris sur le marché pétrolier placés peu avant des événements géopolitiques. Le mois dernier, les plateformes de marchés prédictifs ont fait l’objet d’une nouvelle surveillance après avoir permis aux traders de parier sur le moment des frappes militaires contre l’Iran et même sur la destitution du guide suprême du pays, l’ayatollah Ali Khamenei. Plus de 500 millions de dollars ont été misés sur des contrats liés au moment des attaques, y compris des paris qui ont correctement prédit la date des premières frappes.
Des controverses similaires ont déjà fait surface par le passé. En janvier, un trader mystérieux a réalisé un bénéfice d’environ 410 000 dollars après avoir parié sur la destitution du président vénézuélien Nicolas Maduro. Même lors des événements récents, plusieurs comptes ont de manière suspecte gagné des millions en une seule journée.
Les frontières floues des paris sportifs
L’un des principaux enjeux abordés lors de l’audition a été la similitude entre les marchés de prédiction et les paris sportifs traditionnels. Les législateurs se sont demandé si les consommateurs étaient en mesure de faire la distinction entre les deux, soulignant que les contrats proposés sur les plateformes d’événements pouvaient ressembler étroitement aux cotes des bookmakers, bien qu’ils soient réglementés différemment.
Au cours de l’échange, le représentant Gabe Vasquez a présenté une comparaison côte à côte entre un contrat de marché de prédiction et les cotes d’un bookmaker réglementé par l’État pour un match opposant les Colorado Rockies aux Houston Astros. Lorsqu’on lui a demandé d’identifier lequel était lequel, le président de la CFTC, Michael Selig, a admis qu’il n’était pas un expert. Cet échange a mis en évidence l’inquiétude croissante à Washington quant au fait que les marchés de prédiction pourraient opérer dans une zone grise réglementaire tout en concurrençant les opérateurs de paris établis.
Confusion réglementaire et lacunes juridiques
Les membres de la commission ont déclaré que la croissance rapide des marchés de prédiction avait créé une incertitude quant aux compétences de la CFTC et à la portée des lois existantes. Certains législateurs ont fait valoir que les contrats liés à des événements sportifs et à d’autres résultats s’apparentaient davantage à des produits de jeux de hasard qu’à des instruments financiers, ce qui soulève la question de savoir s’ils doivent relever de la réglementation sur les produits dérivés.
Selig a maintes fois évoqué un processus réglementaire en cours, qui vise à recueillir l’avis du public sur la manière dont ces marchés devraient être régis, mais il a évité de donner des réponses directes sur plusieurs questions controversées.
Inquiétudes concernant les droits des tribus en matière de jeux
Le débat a également porté sur l’impact potentiel des marchés de prédiction sur les jeux tribaux. Les législateurs ont averti que le fait d’autoriser les contrats liés à des événements à fonctionner sous un cadre réglementaire différent pourrait compromettre les accords de longue date entre les États et les tribus reconnues par le gouvernement fédéral.
Certains ont fait valoir que les plateformes proposant des contrats liés au sport risquaient de contourner les protections établies et les accords de partage des recettes liés aux accords sur les jeux tribaux. Des propositions telles que le géorepérage, qui restreint l’accès à certaines zones, ont été avancées comme mesure de protection possible, bien qu’aucun engagement clair n’ait été pris.
Une surveillance accrue du délit d’initié
Cette audition intervient alors que la CFTC fait face à une pression croissante concernant sa surveillance des activités de trading en général. Des rapports récents ont mis en évidence des transactions suspectes effectuées avant des décisions politiques majeures, notamment un pari important sur la baisse des prix du pétrole peu avant des événements géopolitiques. Selig a déclaré que l’agence continuait d’enquêter sur d’éventuels comportements répréhensibles, mais a refusé de commenter des cas spécifiques ou d’indiquer si des acteurs politiques avaient influencé les activités de trading.
La CFTC, qui supervise les contrats à terme, les produits dérivés et certains contrats liés à des événements, se retrouve sous les feux de la rampe alors que de nouvelles formes de trading brouillent la frontière entre finance et jeux de hasard. Face à des ressources limitées et à un champ de compétences en expansion, incluant une surveillance potentielle des actifs numériques, les législateurs ont laissé entendre que des règles plus claires pourraient s’avérer nécessaires.
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