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Sri Lanka : les principales conclusions du projet de réglementation de l’iGaming

Sudhanshu Ranjan
Rédigé par Sudhanshu Ranjan
Traduit par Tarik Taloufate

Le Sri Lanka ne se contente plus d’observer la tendance de l’iGaming en silence. Le pays a officiellement créé son autorité de régulation des jeux de hasard le premier jour de SiGMA South Asia en décembre 2025. La création de la GRA fait suite à des années d’exploitation sous des lois non adaptées à l’ère numérique. Les autorités ont révélé qu’entre 60 % et 70 % des utilisateurs de casinos au Sri Lanka jouaient en ligne, alors que les opérations de casinos en ligne restaient non enregistrées et non taxées.

Chanaki Mallikarachchi, directrice des technologies de l’information et de la communication (ICT) au ministère de l’Économie numérique (MoDE) du Sri Lanka, fait partie de ceux qui réfléchissent à la structure de ce nouveau cadre. Dans une interview exclusive accordée à SiGMA News, elle a exposé une vision technique, réfléchie et fondamentalement guidée par des principes solides.

La GRA régule, le MoDE facilite

Mallikarachchi a été claire : le MoDE n’est pas un régulateur des jeux. Elle a déclaré : « Le principe le plus important est la séparation institutionnelle. La GRA régule, le MoDE facilite. Cette séparation protège l’intégrité de la gouvernance. »

Concrètement, le rôle du MoDE est de construire l’infrastructure numérique : développement d’une pile technologique réglementaire, de tableaux de bord de supervision et d’échanges basés sur des API avec des organismes tels que la Cellule de renseignement financier, l’administration fiscale et la Banque centrale du Sri Lanka pour gérer les processus de licences et l’intégration des opérateurs.

Les experts soulignent que pour réguler efficacement les jeux en ligne, la GRA doit adopter une approche centrée sur la technologie, nécessitant un partenaire en infrastructure numérique capable de répondre à ces exigences. Le ministère de Mallikarachchi se positionne précisément dans ce rôle.

Le message clé de Mallikarachchi est que toute infrastructure développée pour le secteur du jeu ne doit pas être isolée. « Toute infrastructure développée pour ce secteur doit s’aligner sur l’agenda plus large des infrastructures publiques numériques du Sri Lanka, plutôt que d’être traitée comme une plateforme de jeu autonome », a-t-elle précisé.

Des contrôles d’âge réellement efficaces

Le développement du jeu lié au tourisme soulève des questions sensibles : comment vérifier l’identité, l’âge et l’origine d’un utilisateur sans créer une complexité administrative dissuasive ?

La réponse de Mallikarachchi est claire : « La vérification de l’âge ne peut pas être un simple contrôle superficiel. Elle doit inclure une vérification d’identité robuste, une validation de l’âge, des vérifications répétées pour les transactions à risque et une responsabilité des opérateurs en cas de défaillance. »

Elle estime que ces contrôles devraient s’appuyer sur des services de confiance nationaux, réutilisables dans les domaines bancaires, les plateformes gouvernementales et d’autres secteurs réglementés.

Elle ajoute : « Cela est plus conforme aux sensibilités culturelles du Sri Lanka que la création d’une expérience de divertissement totalement fluide. »

Gouvernance des données : la priorité à la confidentialité

Les plateformes de jeu numériques collectent une grande quantité de données personnelles, notamment des documents d’identité, des transactions financières, des données de localisation et des comportements d’utilisation. En l’absence d’un cadre de gouvernance clair, ces données deviennent un risque réglementaire majeur.

Mallikarachchi a été claire sur le point de départ : l’Autorité de protection des données (DPA) comme organe de supervision, avec la loi sur la protection des données personnelles (PDPA), n° 9 de 2022, révisée en 2025.

Elle a souligné : « L’hébergement offshore ne doit pas compromettre la visibilité réglementaire, l’accès légal ou la protection des personnes concernées. Le modèle de gouvernance des données doit préserver la confidentialité, être auditable et accessible aux régulateurs, et non uniquement piloté par les opérateurs. »

La souveraineté n’est pas négociable

Les ambitions du Sri Lanka en matière de complexes intégrés impliquent un réseau complexe de partenaires privés, d’investisseurs étrangers et de systèmes interconnectés. Selon 6Wresearch, le marché des jeux au Sri Lanka était évalué à 293,93 millions de dollars en 2020 et devrait atteindre 410,04 millions de dollars d’ici 2026, soit un taux de croissance annuel composé de 5,24 %. L’opportunité économique est réelle, tout comme les risques si l’architecture numérique n’est pas correctement conçue dès le départ.

Mallikarachchi identifie trois principes non négociables dans tout partenariat public-privé. Le premier est la clarté des responsabilités : les contrats doivent définir qui fait quoi, où les données sont stockées, qui y accède et quels documents peuvent être consultés par le régulateur.

Le second est la sécurité dès la conception : chiffrement des données en transit et au repos, contrôles d’accès de type « zéro confiance », journaux inviolables, tests d’intrusion et droit contractuel d’audit indépendant.

Le troisième, et peut-être le plus sensible politiquement, concerne la souveraineté des données : les autorités sri-lankaises doivent disposer d’une visibilité légale, d’un accès effectif et de la conservation des preuves.

« La souveraineté doit signifier contrôle juridique, capacité de récupération et possibilité d’inspection. »

Chanaki Mallikarachchi, directrice (ICT), ministère de l’Économie numérique, Sri Lanka.

Mallikarachchi met en garde : dans un secteur déjà soumis à des obligations AML/CTF, fiscales et de change, toute faiblesse créerait un véritable risque de gouvernance.

Construire une fois, bénéficier à tous

La dernière partie, la plus prospective, porte sur l’impact des infrastructures de jeu au-delà du secteur lui-même. Mallikarachchi estime que si le Sri Lanka investit dans des systèmes numériques pour un secteur du jeu réglementé, ces systèmes doivent être conçus comme une infrastructure numérique nationale et non isolée.

« Le gouvernement doit exiger que tout investissement approuvé repose sur une infrastructure partagée », a-t-elle déclaré. Les systèmes créés pour le jeu doivent également renforcer l’e-gouvernement, le tourisme, le secteur bancaire, les licences et les services aux PME.

« Le Sri Lanka ne doit pas donner l’impression de construire une infrastructure numérique uniquement pour les jeux », a-t-elle ajouté. « Il doit construire une capacité numérique nationale fiable, capable de soutenir les secteurs réglementés tout en améliorant les services publics et l’intégrité financière. »

Les ministères numériques du Sri Lanka sont sous pression pour suivre le rythme des régulateurs, alors que la GRA devient opérationnelle et que les licences devraient être mises en place d’ici 2026. Le message de Mallikarachchi est clair : cybersécurité, identité numérique, gouvernance des données et infrastructures techniques ne sont pas secondaires. Les opérateurs devront s’y conformer dès leur entrée sur le marché.

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