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Pauline Hot dirige l'ANJ dans la lutte de la France contre la banalisation des jeux de hasard

Garance Limouzy
Rédigé par Garance Limouzy
Traduit par Tarik Taloufate

Lorsque Pauline Hot a pris ses fonctions de Directrice Générale de l’Autorité Nationale des Jeux de hasard (ANJ) cet été, elle est entrée dans l’un des environnements réglementaires les plus délicats d’Europe. Diplômée de l’École Normale Supérieure et de l’École Nationale d’Administration, et anciennement haut fonctionnaire au Conseil d’État, elle se retrouve aujourd’hui à la tête d’une institution confrontée à un marché du jeu de hasard en pleine expansion. Dans une interview accordée à SiGMA News, elle a expliqué comment elle s’adapte à son nouveau rôle et comment elle envisage la mission du régulateur.

Entre réglementation et santé publique

Pour Pauline Hot, l’attrait de ce métier réside dans l’équilibre entre les objectifs économiques et sociaux. « Ce qui me passionne, c’est que la réglementation relative au jeu de hasard est en constante évolution, en constante innovation. Nous devons être agiles, toujours attentifs aux nouveaux entrants et aux nouveaux produits », nous a-t-elle confié. « Mais en même temps, nous devons prendre en compte la santé publique, avec la protection des joueurs au cœur de notre mission, et les questions d’ordre public telles que la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Cet équilibre est vraiment spécifique à l’ANJ, et il rend notre travail particulièrement intéressant. »

Elle affirme toutefois clairement que les jeux de hasard ne doivent pas devenir une activité de loisirs comme les autres, une position qui correspond parfaitement à la philosophie des législateurs et des régulateurs français. « Même si les jeux de hasard sont autorisés et réglementés, ils ne doivent pas devenir un produit de consommation courante », prévient-elle. « Jouer est autorisé, mais cela comporte des risques. Nous nous engageons à lutter contre l’idée que les jeux de hasard sont un produit de loisirs ordinaire, car les risques qu’ils comportent ne sont ni ordinaires ni inoffensifs. »

Opérateurs illégaux et efforts anti-blanchiment

L’un des plus grands défis auxquels sont confrontés les régulateurs du monde entier est l’explosion des casinos en ligne illégaux. Contrairement à certains de ses voisins, la France a fermé la porte à cette pratique. « En matière de jeux de hasard en ligne, nous avons 18 opérateurs agréés pour les paris sportifs et le poker. Mais en ce qui concerne les casinos en ligne, ces opérateurs sont totalement illégaux en France », explique Pauline Hot. « Si un jour ils devaient être autorisés, ce serait dans un cadre réglementaire très strict, probablement plus strict que pour les autres jeux, car la conception de ces jeux est particulièrement addictive. »

La France a intensifié sa lutte contre ces sites. Rien qu’en 2024, l’ANJ a émis 232 ordonnances de blocage et de déréférencement couvrant 1 337 URL. Pauline Hot insiste sur le fait que la procédure administrative mise en place en 2022 a transformé leur capacité d’action. « Il ne s’agit plus d’ordonnances judiciaires qui prennent des mois. Nous pouvons désormais émettre directement des ordonnances administratives de blocage, ce qui nous rend beaucoup plus efficaces », a-t-elle déclaré.

Mais le défi reste lié aux ressources. « C’est moins une question de pouvoirs juridiques que de ressources financières et humaines », a-t-elle admis. « Préparer une décision solide prend du temps, car les entreprises peuvent la contester, et nous ne disposons pas de moyens illimités dans un contexte budgétaire contraignant. »

La course à la technologie ajoute une difficulté supplémentaire. « Les sites miroirs constituent un véritable problème. Il est très facile d’en créer un, parfois simplement en changeant deux lettres dans un nom de domaine. Cela nous oblige à mettre en place de nouvelles procédures, encore et encore. Nous essayons d’optimiser notre action en étendant les injonctions aux sites principaux et à leurs miroirs afin d’être plus rapides et plus efficaces. »

Défis majeurs à relever

Pauline Hot décrit 2025 comme « une année très importante pour le secteur, et donc pour le régulateur ». Elle a souligné « la croissance des revenus bruts du jeu de hasard, qui signifie que le marché se porte bien, mais cette croissance s’accompagne de tensions concurrentielles ».

Dans le même temps, de nouvelles formes de jeux de hasard apparaissent. « D’ici la fin de l’année, de nouvelles activités verront le jour avec les jeux d’objets numériques et les jeux Web3 (jeux en ligne utilisant les technologies blockchain) », a-t-elle déclaré. Pour l’ANJ, il s’agit d’un terrain inconnu qui mettra à l’épreuve son agilité en tant que régulateur.

Pauline Hot a également souligné la nécessité de rester concentré sur la stratégie à long terme de l’ANJ. « Nous sommes à mi-parcours de notre plan stratégique 2024-2026. Nos principaux objectifs restent la réduction de la part des joueurs excessifs dans les revenus des opérateurs, la protection de l’intégrité, de la légalité et de la transparence du marché, et le maintien d’un équilibre global dans le secteur du jeu de hasard. Ce sera notre priorité jusqu’en 2026. »

Le défi réglementaire de FDJ United

Peu d’acteurs illustrent mieux les défis liés à la réglementation que la Française des Jeux (aujourd’hui FDJ United), le monopole d’État qui se développe rapidement sur de nouveaux marchés. Son influence croissante, en particulier après l’acquisition de Kindred, a conduit certains à se demander si une entité aussi puissante pouvait être réglementée efficacement. Pauline Hot se montre prudente, mais ferme.

« Il y a deux aspects ici. Du côté de la concurrence, nous n’avons pas compétence ; cela relève de l’Autorité de la concurrence, qui a autorisé l’acquisition sous conditions », a-t-elle déclaré. « Mais ce qui est certain, c’est que les monopoles et les droits exclusifs sont accordés par le législateur dans un cadre réglementaire particulier. C’est pourquoi nous émettons chaque année des avis sur le programme d’offres de la FDJ et du PMU, et pourquoi nous autorisons leurs jeux avant qu’ils puissent être proposés au public. »

Elle a souligné que le Conseil d’État avait récemment confirmé les pouvoirs de l’ANJ à cet égard. « Nous utilisons les outils que nous confère la loi pour veiller à ce que les monopoles tels que FDJ United respectent les obligations renforcées qui accompagnent leurs droits exclusifs », a-t-elle expliqué. Cette s comprend le contrôle de leurs activités marketing. « Nous avons demandé à FDJ United de revoir son plan marketing à la baisse, et nous surveillons de très près ses stratégies. » En juillet, l’ANJ a en effet rejeté la demande de FDJ United d’augmenter ses dépenses promotionnelles, concluant que ce plan « présente un risque d’intensification des pratiques de jeu de hasard, en particulier chez les personnes les plus vulnérables (notamment les 18-25 ans et les joueurs à risque) ».

De plus, la présidente de l’ANJ, Isabelle Falque-Pierrotin, a récemment averti les sénateurs que l’acquisition de Kindred « accentue une difficulté majeure : le conflit d’objectifs inhérent à la dualité de FDJ United ». En tant que monopole, a-t-elle déclaré, FDJ United devrait limiter son offre afin de protéger les joueurs, mais en tant que société cotée en bourse, elle cherche inévitablement à assurer la croissance pour ses actionnaires. Elle a souligné que le « contrôle strict » exercé par l’autorité de régulation vise à garantir que la croissance reste « dans des limites… qui n’encouragent pas explicitement le jeu de hasard ».

Sport, paris et intégrité

L’essor des paris sportifs, en particulier chez les jeunes, est peut-être la question la plus sensible dont elle s’occupe. Au premier semestre 2025, les mises sur les paris sportifs en ligne ont augmenté de 15 % pour atteindre 6 milliards d’euros, tandis que le GGR a progressé de 10 % pour atteindre 961 millions d’euros. Le nombre de comptes actifs pour les paris sportifs a atteint 4,1 millions (+11 %).

« Il existe désormais un lien structurel, une assimilation, entre le plaisir sportif et les paris sportifs », a-t-elle averti. « Cela soulève des questions particulières concernant la protection non seulement des mineurs, qui ne sont pas autorisés à jouer en France, mais aussi des jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans. »

Elle a évoqué des outils tels que la « liste des sports », qui limite les compétitions et les résultats sur lesquels il est possible de parier, et le système national de données sur les paris, qui permet de détecter les anomalies grâce à des algorithmes. « Nous avons constaté une réelle diminution des alertes en France, contrairement à ce qui est observé au niveau européen. Cela a été particulièrement visible pendant les Jeux olympiques, qui ont été un véritable succès en termes d’intégrité. »

Mais elle reste prudente quant à l’impact culturel de la visibilité des jeux de hasard. « Pour nous, la croissance du marché des paris sportifs est une opportunité pour le sport, mais elle ne doit pas aboutir à un mariage complet entre les paris sportifs et le sport », a-t-elle déclaré. Parmi les propositions de l’ANJ figurent des restrictions en matière de publicité, inspirées de l’interdiction britannique « whistle-to-whistle », et des contrôles plus stricts sur le parrainage. « Il s’agit de lutter contre cette normalisation du jeu de hasard », a-t-elle souligné.

Protéger les jeunes

Au-delà du sport, Pauline Hot est convaincue que la protection des jeunes générations doit être une priorité. « La question des jeunes est primordiale. Nous envisageons des expériences telles que les cartes de joueur ou les codes QR dans les points de vente, comme dans d’autres pays. En fonction des résultats, il pourrait être pertinent d’aller plus loin. Pour nous, c’est un sujet crucial. »

Sa position fait écho à un récent tollé général. En juillet, un collectif d’associations, de responsables publics et la présidente de l’ANJ elle-même, Isabelle Falque-Pierrotin, ont signé une tribune libre mettant en garde contre la banalisation des jeux de hasard. L’article soulignait que plus d’un tiers des adolescents âgés de 15 à 17 ans avaient déjà joué malgré l’interdiction légale, et appelait à la mise en place de mesures telles que des restrictions publicitaires, des limites de parrainage et un renforcement des contrôles sur les ventes au détail aux mineurs.

Piloter la croissance du marché

Alors que le marché français du jeu de hasard continue de se développer, les mises sur la finale de la Ligue des champions ont atteint 38 millions d’euros en ligne et 15 millions d’euros sur la finale de Roland Garros. Pauline Hot sait que la pression monte. Au premier semestre 2025, le marché français du jeu de hasard a atteint 5,7 milliards d’euros de recettes brutes, soit une hausse de 3,5 % par rapport à l’année dernière. Le jeu de hasard en ligne a atteint 1,4 milliard d’euros (+6 %), les paris sportifs arrivant en tête avec 961 millions d’euros (+10 %) sur 6 milliards d’euros de mises. Le nombre de comptes de joueurs en ligne actifs a augmenté pour atteindre 4,7 millions, soit une hausse de 9 %.

Le message central de Pauline Hot reste toutefois inébranlable. Le jeu de hasard est peut-être légal en France, mais il ne doit pas être banalisé. « Ce n’est pas un produit de consommation ordinaire », insiste-t-elle. « Et c’est le message que nous continuerons à répéter. »

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