Ces derniers mois, le Brésil tout entier débat de la publicité pour les jeux d’argent, qu’il s’agisse du grand public, des législateurs ou des célébrités brésiliennes. Faut-il interdire, restreindre ou autoriser la publicité pour les jeux d’argent ? Et les influenceurs doivent-ils être sanctionnés pour promouvoir l’idée de gains faciles ? Ces questions dominent le secteur depuis plusieurs mois. Elles se sont encore intensifiées pendant les retransmissions de la Coupe du monde de la FIFA et avec la croissance continue des paris sportifs. De quel côté vous situez-vous ?
Dans ce contexte, la mairie de Rio de Janeiro a instauré une interdiction de la publicité des plateformes de paris dans les espaces publics, suscitant une réaction immédiate du secteur au Brésil. L’une des premières organisations à réagir a été l’Association nationale des jeux et loteries (ANJL), qui a indiqué suivre de près les évolutions juridiques liées à cette mesure. Selon l’association, toute restriction visant la publicité des entreprises du secteur devrait être définie par le gouvernement fédéral, responsable de la réglementation des paris à cote fixe dans le pays, et non par les municipalités.
Un décret municipal a été publié afin d’interdire l’affichage de publicités pour les opérateurs de paris sur les panneaux d’affichage, le mobilier urbain, les arrêts de bus et tous les autres espaces dont l’utilisation dépend d’une autorisation, d’une licence, d’un permis ou d’une concession accordés par la mairie de Rio de Janeiro. Cette règle s’applique également aux événements sponsorisés, commandés ou organisés par la municipalité.
Selon l’administration municipale, cette initiative vise à réduire l’exposition du public aux plateformes de paris, en particulier des enfants et des adolescents. Elle entend également protéger le paysage urbain et renforcer l’ordre public. Le contrôle de son application sera assuré par le Bureau de coordination des licences et de l’inspection (CLF). Cet organisme pourra ordonner le retrait immédiat des publicités non conformes au décret et appliquer les sanctions prévues par la législation municipale.
L’ANJL conteste la compétence de la municipalité
Dans un communiqué officiel, l’ANJL a déclaré respecter l’autonomie des États et des municipalités, mais a souligné que la publicité pour les paris à cote fixe est déjà encadrée par la réglementation fédérale édictée par le ministère des Finances. Selon l’association, le décret municipal fixe des règles pour un secteur régi par une réglementation nationale et pourrait donc être contesté devant les tribunaux.
« L’Association respecte l’autonomie des États et des municipalités. Toutefois, dans ce cas, elle prendra les mesures appropriées afin de garantir le respect de la réglementation fédérale qui encadre la publicité dans le secteur », a déclaré l’association.
L’ANJL a également fait part de ses inquiétudes face au fait que la mairie cible principalement les entreprises légalement autorisées, alors qu’aucune mesure spécifique n’a été annoncée pour lutter contre les opérateurs illégaux présents dans le pays. Les sociétés agréées opèrent sous la supervision des autorités fédérales, paient leurs impôts et génèrent des milliers d’emplois, tandis que les plateformes illégales continuent de représenter un défi majeur pour les autorités brésiliennes.
Comme nous l’avons précédemment rapporté, le débat s’est considérablement intensifié ces derniers mois. Il convient toutefois de rappeler que le Brésil dispose déjà d’un cadre réglementaire complet concernant la publicité pour les paris. Depuis l’entrée en vigueur de la réglementation du marché des paris à cote fixe, sous la supervision du Secrétariat des prix et des paris (SPA) du ministère des Finances, le gouvernement fédéral a établi des règles précises encadrant les communications commerciales des opérateurs.
Les exigences en vigueur comprennent notamment des restrictions sur la publicité destinée aux mineurs, l’interdiction des messages associant les paris à la réussite financière ainsi que des règles promouvant le jeu responsable. En outre, de nouvelles mesures fédérales ont été annoncées afin de renforcer les avertissements obligatoires dans les campagnes publicitaires et d’améliorer la protection des consommateurs.
Selon l’ANJL, puisque la réglementation fédérale est déjà en vigueur, toute modification concernant la publicité devrait être débattue au Congrès national et avec le ministère des Finances, afin d’éviter des interprétations divergentes entre les municipalités et les États.
La mairie défend la protection du public
Pour justifier ce décret, la mairie de Rio de Janeiro estime que l’exposition à la publicité pour les jeux d’argent dans les espaces publics peut contribuer à banaliser les paris, notamment auprès des jeunes. Le texte du décret évoque les préoccupations liées aux effets d’une exposition excessive à la publicité des paris sur la santé mentale de la population et souligne la nécessité de préserver l’intérêt général dans l’utilisation des espaces urbains.
L’interdiction ne concerne pas uniquement les publicités traditionnelles, mais également tout élément permettant d’identifier une plateforme de paris, notamment les logos, les raisons sociales, les applications, les sites web, les slogans, les mascottes et les campagnes promotionnelles. La municipalité a également décidé que les futurs contrats publics portant sur des concessions publicitaires devront respecter cette nouvelle règle, étendant ainsi son champ d’application aux concessions, autorisations et permissions liées aux biens publics.
Dans son communiqué publié à la suite du décret, l’ANJL a réaffirmé que le secteur réglementé reste engagé en faveur de pratiques publicitaires responsables et de politiques de jeu responsable. Selon elle, la publicité des opérateurs agréés joue un rôle essentiel pour distinguer les entreprises autorisées des plateformes illégales, en aidant les consommateurs à identifier les marques qui respectent les règles fixées par le gouvernement fédéral.
L’association a également souligné qu’elle demeure disponible pour collaborer avec les autorités fédérales, le Congrès national et la société civile afin de contribuer à un débat technique et conforme à la Constitution sur la réglementation du secteur.
Une nouvelle fois, la question des limites des compétences municipales dans un secteur réglementé par le gouvernement fédéral revient au premier plan. Si la Constitution confère aux municipalités le pouvoir de réglementer l’aménagement urbain et l’utilisation des espaces publics, l’exploitation des paris à cote fixe ainsi que les règles générales qui les encadrent relèvent toujours de la législation fédérale, notamment depuis l’adoption de la loi n° 14.790/2023 et des ordonnances publiées par le ministère des Finances.
Si l’ANJL met effectivement en œuvre les actions qu’elle a annoncées, l’affaire pourrait être portée devant les tribunaux. Ceux-ci devront alors déterminer jusqu’où une administration municipale peut restreindre la publicité dans un secteur dont l’activité économique est réglementée à l’échelle nationale.
Cet article a été publié pour la première fois sur la version portugaise de SiGMA News le 14 juillet 2026.
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