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Polymarket va contester le blocage de son site web en France

Garance Limouzy
Rédigé par Garance Limouzy
Traduit par Tarik Taloufate

Polymarket a annoncé son intention de contester la décision de la France de bloquer l’accès à son site web, ouvrant ainsi un nouveau front juridique dans le cadre du durcissement des mesures prises en Europe à l’encontre des marchés de prédiction.

L’entreprise a réagi cinq jours après que l’Autorité nationale des jeux (ANJ), le régulateur français des jeux de hasard, a annoncé avoir ordonné aux fournisseurs d’accès à Internet d’empêcher les utilisateurs d’accéder à la plateforme.

« Nous sommes déçus par la décision soudaine de l’Autorité nationale des jeux (ANJ) de bloquer unilatéralement notre site web. Nous avons l’intention de contester cette décision par les voies légales en France », a déclaré Polymarket.

L’ANJ a indiqué que cette décision avait été prise le 16 juillet, car le site faisait la promotion de services de jeux de hasard non autorisés en France. Selon le régulateur, la page d’accueil de Polymarket, qui affiche en temps réel les prix associés aux élections, au sport, à la météo et à d’autres événements, constituait un canal publicitaire pour une offre de jeux de hasard illégale.

« Ce site web, qui bénéficie d’une audience particulièrement importante, fait la promotion d’une offre de jeux de hasard illégale », a déclaré le régulateur.

Un différend sur l’accès à la plateforme

Polymarket a indiqué avoir déjà empêché les utilisateurs situés en France d’effectuer des transactions dès novembre 2024, tout en continuant à leur permettre de consulter les marchés et les prix à titre informatif.

« Nous avons donc été surpris par la décision de l’ANJ de bloquer l’accès à l’ensemble de notre site web, car cette mesure vise également les personnes qui consultent Polymarket uniquement à des fins d’information et non pour effectuer des transactions », a déclaré l’entreprise.

Le régulateur adopte toutefois une position différente. Il estime que le géoblocage mis en place précédemment empêchait les transactions financières depuis le territoire français, mais qu’il était contourné dans la pratique. L’ANJ considère également que l’affichage de cotes en temps réel peut en soi constituer une promotion d’un service de jeux de hasard non autorisé.

En vertu de la législation française, la publicité pour un site de paris ou de jeux de hasard illégal peut être sanctionnée par une amende de 100 000 €. La même sanction peut s’appliquer à toute personne diffusant, à des fins promotionnelles, les cotes ou les gains proposés par un site non autorisé.

L’ANJ a indiqué que Polymarket continuait d’attirer une importante audience française malgré les restrictions. En juin, le site a enregistré 578 751 visites depuis la France et 205 057 visiteurs uniques, selon les chiffres cités par le régulateur.

Des données distinctes fournies par Blask, une plateforme d’intelligence de marché, font état d’une forte hausse de l’intérêt général. Son indice consacré aux marchés de prédiction en France a progressé de 973,6 % sur un an. Cet indicateur mesure les recherches sans marque spécifique qui témoignent d’un intérêt éclairé pour une catégorie, plutôt que les visites effectuées auprès d’un opérateur en particulier.

Jeux de hasard ou innovation financière ?

Au cœur du différend se trouve la qualification juridique des marchés de prédiction. Polymarket décrit ses contrats comme des instruments financiers fondés sur la blockchain, dont les prix sont déterminés par les transactions effectuées entre les utilisateurs.

« Les prix sont déterminés par l’activité du marché et non fixés par un opérateur, et les participants effectuent directement des transactions entre eux dans le cadre d’un système pair-à-pair », a déclaré l’entreprise.

Elle a ajouté : « Polymarket ne prend position sur aucun marché et ne tire profit d’aucun résultat. »

Les autorités françaises considèrent toutefois les sites de marchés de prédiction comme des plateformes de jeux de hasard illégales. En février, l’ANJ a indiqué que ces sites n’étaient pas autorisés en France et qu’ils exposaient les utilisateurs à différents risques, notamment en matière d’addiction et d’intégrité, puisqu’ils opéraient sans cadre réglementaire.

Le régulateur a également exprimé des préoccupations concernant les contrôles d’identité et la fiabilité des informations utilisées pour déterminer l’issue des marchés. Il a notamment évoqué une enquête ouverte le 4 mai par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris après la possible manipulation de capteurs météorologiques en lien avec des paris.

« Certains paris proposés sur cette plateforme semblaient avoir été faussés : des paris météorologiques ont révélé que des capteurs météo avaient potentiellement été piratés », a déclaré l’ANJ.

L’autorité a indiqué que cette affaire avait mis en évidence l’absence de contrôles adéquats de connaissance du client (KYC) pour les utilisateurs en France et ailleurs en Europe.

Polymarket a indiqué poursuivre ses discussions avec les autorités françaises et la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris. L’entreprise a également adopté un ton conciliant, qualifiant les récentes discussions de « constructives et encourageantes ».

Le recours de l’entreprise permettra de déterminer si une plateforme peut dissocier l’accès aux informations sur les marchés de la participation aux paris lorsque les régulateurs considèrent l’affichage des prix comme une forme de promotion. La décision de la France s’ajoute par ailleurs aux restrictions imposées dans plusieurs pays européens, notamment en Italie, en Roumanie, en Belgique, en Espagne et aux Pays-Bas.

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