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Dépendance aux jeux de hasard et publicité : deux pétitions demandent à l'UE de renforcer la réglementation

Tony Colapinto
Rédigé par Tony Colapinto
Traduit par Tarik Taloufate

La dépendance aux jeux de hasard et la publicité associée sont de nouveau au cœur du débat européen. La commission des pétitions du Parlement européen a inscrit deux pétitions à l’ordre du jour de sa réunion des 22 et 23 juin 2026, toutes deux centrées sur la régulation du secteur des jeux de hasard et la protection des citoyens de l’Union européenne face aux risques d’addiction.

Les documents diffèrent dans leur approche, mais convergent vers un même constat politique. Selon les pétitionnaires, les mesures actuellement en place sont insuffisantes pour atténuer les impacts sociaux, sanitaires et économiques des jeux de hasard, en particulier dans leur dimension en ligne. La première pétition, déposée par le citoyen chypriote Michalis Iona, appelle à une interdiction de la publicité pour les jeux de hasard. La seconde, signée par l’Italien Giovanni Fiorillo, réclame une protection plus efficace des citoyens européens contre la dépendance aux jeux de hasard.

Le débat au sein de la commission PETI ne conduit pas automatiquement à une nouvelle législation européenne. Toutefois, il constitue une étape institutionnelle importante, car il porte à l’attention du Parlement européen une question qui a pris une dimension de plus en plus transnationale ces dernières années : le lien entre promotion commerciale, jeux de hasard en ligne, vulnérabilité des consommateurs et santé publique.

Iona : la publicité pour les jeux de hasard est devenue trop intrusive

La pétition de Michalis Iona se concentre sur le rôle de la publicité. Selon lui, la promotion des jeux de hasard est devenue omniprésente, apparaissant sur les réseaux sociaux, les panneaux d’affichage et divers canaux marketing. Cette pression publicitaire exposerait en permanence les jeunes, les personnes âgées et les publics vulnérables à des incitations à jouer.

La demande formulée est claire : interdire la publicité des opérateurs de jeux de hasard dans l’Union européenne. Pour Iona, supprimer la promotion commerciale permettrait de prévenir les comportements compulsifs et de protéger les personnes déjà engagées dans un processus de rétablissement.

Cette question s’inscrit dans un débat plus large sur la responsabilité du secteur et l’efficacité de l’autorégulation. Depuis des années, l’industrie des paris et de l’iGaming met en avant des outils de jeu responsable, des codes de conduite et des messages de prévention. La pétition va plus loin : elle ne se contente pas d’appeler à une publicité plus prudente, mais remet en cause la légitimité même de promouvoir des produits potentiellement risqués pour certaines catégories de population.

Fiorillo : « L’auto-exclusion et les slogans ne suffisent pas »

La pétition de Giovanni Fiorillo aborde la dépendance aux jeux de hasard sous l’angle de la santé et de la protection sociale. Dans le résumé officiel publié par le Parlement européen, le pétitionnaire évoque les conséquences dramatiques de l’addiction sur la vie personnelle des victimes, en s’appuyant également sur son expérience, marquée par des pertes financières, des problèmes de santé et des hospitalisations.

Selon Fiorillo, promouvoir l’auto-exclusion et répéter des slogans sur le jeu responsable ne suffit pas à traiter les causes profondes du problème. Il estime que le secteur des jeux de hasard, en particulier les machines à sous et les casinos en ligne, a connu une croissance exponentielle et contribué à une hausse alarmante des cas d’addiction. Il relie cette situation à l’incapacité supposée des gouvernements européens à freiner l’expansion du jeu en ligne et à protéger efficacement les citoyens.

Sa proposition va au-delà de la prévention. Fiorillo appelle à des règles plus strictes, à des interventions plus fermes, à une coopération renforcée avec les services de santé locaux et à la mise en place d’un système d’assistance pour les joueurs pathologiques. Il propose notamment des mécanismes de compensation et de soutien social, comparables à ceux existant pour d’autres formes d’addiction. Le point le plus sensible concerne la reconnaissance du joueur pathologique non plus comme un simple consommateur responsable de ses choix, mais comme une personne vulnérable devant être protégée et, selon lui, indemnisée.

Un marché numérique qui dépasse les frontières nationales

La question est également réglementaire. Les jeux de hasard en ligne ne se limitent plus aux frontières nationales traditionnelles. Les plateformes numériques, les campagnes publicitaires, les affiliés, les contenus sponsorisés et les outils de paiement rendent le secteur plus difficile à contrôler qu’auparavant.

La Commission européenne rappelle qu’il n’existe pas de législation sectorielle unique au niveau de l’Union européenne pour les services de jeux de hasard. Les États membres conservent leur autonomie dans l’organisation de leurs marchés, dans le respect des libertés fondamentales et de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne. Cette fragmentation explique les fortes disparités entre pays en matière de publicité, de prévention, d’auto-exclusion et de protection des joueurs vulnérables.

Parallèlement, le Loi sur les services numériques a introduit de nouvelles règles générales pour les plateformes en ligne, notamment des obligations de transparence publicitaire et une meilleure protection des mineurs, incluant l’interdiction de la publicité ciblée à leur égard. Toutefois, il ne s’agit pas d’un cadre spécifique aux jeux de hasard. Les deux pétitions demandent en réalité au législateur européen d’examiner ce secteur de manière plus ciblée, en particulier lorsque les communications commerciales atteignent des publics vulnérables.

Santé publique et responsabilité du secteur

La question dépasse le seul droit de la consommation. L’Organisation mondiale de la santé considère les jeux de hasard comme un phénomène ayant des effets significatifs sur la santé publique. Elle souligne que la normalisation du jeu est favorisée par la commercialisation, la digitalisation, le sponsoring et la promotion sur les médias traditionnels et sociaux. Parmi les mesures de prévention identifiées figure la suppression de la publicité, des promotions et des parrainages liés aux jeux de hasard.

Ce contexte renforce le poids politique des pétitions examinées au niveau européen. Pour le secteur des paris et de l’iGaming, le message est clair : la durabilité ne peut plus être évaluée uniquement à l’aune de la croissance, des revenus et de l’innovation technologique. Elle dépend désormais aussi de la capacité à prévenir les risques, à collaborer avec les autorités sanitaires et à démontrer que la protection des joueurs vulnérables est une priorité.

Le débat au sein de la commission PETI ne mettra pas fin à la discussion, mais il pourrait en orienter la trajectoire. Les pétitions d’Iona et de Fiorillo posent une question centrale pour l’avenir réglementaire européen : les règles actuelles sont-elles encore adaptées dans un marché où les jeux de hasard sont accessibles partout, à tout moment, et promus via des canaux numériques toujours plus sophistiqués ?

Pour les pétitionnaires, la réponse est non. C’est précisément cette insuffisance perçue qui alimente l’appel à une nouvelle phase réglementaire, plus stricte sur la publicité, plus attentive à la santé publique et plus respectueuse de la dignité des personnes touchées par l’addiction.

Cet article a été initialement publié sur la page italienne de SiGMA News le 19 juin 2026.

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