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Les paris vont-ils vraiment disparaître au Brésil, ou bien le résultat sera-t-il plutôt un durcissement de la réglementation ?

Julia Moura
Rédigé par Julia Moura
Traduit par Tarik Taloufate

Le marché des paris au Brésil commence tout juste à prendre forme dans un cadre réglementé et se heurte déjà à un obstacle politique au Congrès. Le projet de loi n° 1 808/2026, déposé le 14 avril 2026 par un groupe de 68 députés mené par Pedro Uczai (sur la photo ci-dessus), chef du Parti des travailleurs (PT) à la Chambre des députés, propose de supprimer de facto les paris à l’échelle nationale.

Le PT a également attiré l’attention lorsque le président Luiz Inácio Lula da Silva a récemment critiqué l’impact des paris sur les finances des ménages, affirmant que de nombreuses personnes « dépensent ce qu’elles n’ont pas » et que le gouvernement ne peut ignorer de telles conséquences.

Un aspect politique rend ce débat particulièrement frappant. Le Parti des travailleurs, aujourd’hui associé à cette proposition visant à interdire les paris, était au pouvoir lorsque le processus de réglementation a été mis en place. C’est sous le gouvernement du président Lula que le cadre réglementaire a été établi, avec la définition des règles, la mise en place d’un système d’octroi de licences et le lancement officiel du marché.

En d’autres termes, le même groupe politique qui a contribué à organiser le secteur est désormais également lié à des initiatives prônant son interdiction.

Cependant, malgré l’impact du projet de loi, l’attention qu’il a suscitée et les remarques de Lula, la réalité politique et économique suggère une situation plus complexe. Il existe un écart manifeste entre ce que prévoit la proposition et ce qui est susceptible de se produire dans la réalité.

Une lecture du texte intégral disponible sur le site web de la Chambre des députés montre que l’objectif n’est pas de réglementer le marché, mais de le fermer complètement. Le projet de loi propose une interdiction totale de l’exploitation, de l’offre, de la promotion et même de la facilitation des paris à cote fixe au Brésil. Cela inclut les plateformes numériques, les sites web internationaux et tout service permettant aux utilisateurs de placer des paris. Il n’y a aucune marge d’interprétation ou d’adaptation. L’intention est une interdiction totale.

Mariana Xavier, responsable de la conformité et déléguée à la protection des données chez VBET Brazil, a fait part de son point de vue à SiGMA News : « C’est un sujet sensible en cette année électorale, où les paris occupent encore, dans l’imaginaire collectif, une place de méfiance. Cependant, cette perception ne reflète pas les avancées en matière de réglementation, qui ont apporté une sécurité juridique aux utilisateurs, une structure de conformité et des recettes publiques significatives. »

Comment le projet de loi propose d’agir

L’un des aspects les plus marquants de cette proposition réside dans le niveau d’intervention qu’elle prévoit. Le texte impose aux plateformes numériques, aux réseaux sociaux, aux boutiques d’applications et même aux moteurs de recherche de supprimer tout contenu lié aux paris. Les institutions financières, les banques et les intermédiaires de paiement seraient tenus de bloquer les transactions liées au secteur.

Un autre élément clé est la criminalisation de cette activité. Le projet de loi prévoit des sanctions allant au-delà des amendes administratives. Selon les cas, l’exploitation ou même la facilitation des paris pourrait entraîner des sanctions pénales et des amendes pouvant atteindre des montants extrêmement élevés.

Le projet de loi n° 1 808/2026 ne vise pas à coexister avec la réglementation récente. Il propose d’abroger complètement le modèle établi ces dernières années, en particulier la loi n° 14 790/2023, qui a formellement structuré le marché réglementé des paris au Brésil.

Cela signifie que, s’il est approuvé, le pays reviendrait à une situation d’avant la réglementation. Avant la loi n° 14 790/2023, le Brésil fonctionnait selon un modèle hybride. Les jeux de hasard étaient interdits en vertu de la loi brésilienne sur les contraventions, mais les paris sportifs en ligne opéraient dans une zone grise juridique. Les entreprises étrangères pouvaient offrir des services aux utilisateurs brésiliens sans interdiction effective, car il n’existait pas de réglementation spécifique ni de mécanismes de contrôle rigoureux. Dans la pratique, le marché existait, mais sans surveillance.

Le projet de loi n° 1 808/2026 va plus loin. Il démantèle non seulement le modèle réglementé actuel, mais tente également de créer un environnement plus restrictif qu’auparavant, avec le blocage de sites web, la suppression d’applications, des restrictions de paiement et une obligation de rendre des comptes à l’échelle de l’ensemble de l’écosystème. À ce stade, la proposition commence à perdre de sa force lorsqu’on l’analyse dans le contexte actuel.

Un marché déjà en place

Depuis 2025, le Brésil dispose d’un marché des paris officiellement réglementé. Les opérateurs agréés, les exigences de conformité, les obligations d’identification des utilisateurs et une application active de la réglementation font déjà partie intégrante de la réalité du secteur.

Ce marché est déjà opérationnel, génère des recettes et fait l’objet d’une surveillance étroite de la part du gouvernement. Les recettes fiscales constituent un autre facteur clé influençant les décisions politiques. Le secteur a rapidement pris une importance fiscale considérable, créant une tension entre les discours en faveur de l’interdiction et les intérêts économiques.

Au cours du seul premier trimestre 2026, 3,4 milliards de réaux (environ 680 millions de dollars) ont été collectés au titre des taxes liées aux paris, soit une augmentation de 123,7 % par rapport à la même période de l’année précédente, reflétant les effets directs de la réglementation et de l’arrivée d’opérateurs agréés.

Le contexte politique invite toutefois à la prudence lorsqu’il s’agit d’évaluer la probabilité que de telles propositions aboutissent. Le même Congrès qui a récemment approuvé la réglementation des paris est encore en train de s’occuper de sa mise en œuvre, ce qui tend à compliquer les changements politiques brusques à court terme.

Les arguments en faveur du projet de loi sont liés à des préoccupations telles que l’endettement des ménages, la dépendance aux jeux de hasard et l’influence d’une publicité agressive, en particulier sur les réseaux sociaux. La commission d’enquête parlementaire sur les paris (« CPI das Bets »), créée au Sénat fédéral en 2024, a encore intensifié ce débat, soulevant des questions sur l’impact social des paris et le rôle des influenceurs numériques.

Qu’est-ce qui avance réellement ?

Si la proposition d’interdiction totale n’a pas beaucoup progressé, d’autres mesures plus concrètes avancent.

Le Brésil a adopté une position ferme contre les opérateurs illégaux, notamment en bloquant des sites web et en renforçant les contrôles sur les transactions financières. Les règles en matière de publicité font également l’objet de discussions, avec des restrictions potentielles sur les campagnes publicitaires et les partenariats avec des influenceurs.

De nouvelles mesures visent également à améliorer la surveillance du comportement des utilisateurs, à prévenir les méfaits liés aux jeux de hasard et à accroître la responsabilité des opérateurs. En d’autres termes, la direction prise est différente.

Du point de vue de Xavier, en tant qu’avocat et spécialiste de la réglementation, la trajectoire du marché brésilien de l’iGaming est claire : « Je ne prévois pas, à court terme, une interdiction du secteur, mais plutôt un durcissement progressif des règles, déjà perceptible dans ce premier cycle réglementaire. Interdire l’activité dans ce contexte reviendrait à faire marche arrière et à favoriser le marché illégal, un scénario qui n’est clairement pas envisagé. »

Cet article a été publié pour la première fois en portugais le 5 mai 2026.

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