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Les paris interactifs font leur entrée sur WhatsApp

Garance Limouzy
Rédigé par Garance Limouzy
Traduit par Tarik Taloufate

WhatsApp est depuis longtemps un espace où les supporters de football débattent des compositions d’équipe, partagent leurs pronostics et commentent le prochain but. Il est également utilisé par des bookmakers informels qui acceptent des paris via des messages privés, parfois sans licence ni protection des consommateurs.

Aujourd’hui, des entreprises spécialisées dans les technologies de jeux de hasard cherchent à transformer cette messagerie en interface de paris, permettant aux clients de rechercher des marchés, de composer un coupon et de placer un pari sans ouvrir une application classique de paris sportifs.

Josh Swerdlow, cofondateur et directeur général de ChatBet, un fournisseur de paris conversationnels, explique que ce modèle diffère des anciens services où les bookmakers acceptaient manuellement les paris via WhatsApp.

« Ces modèles reposaient sur des personnes qui lisaient les messages, vérifiaient les cotes, répondaient aux clients et traitaient les paris manuellement. Ils nécessitaient beaucoup de main-d’œuvre, étaient difficiles à développer, sujets aux erreurs humaines et ne fonctionnaient que lorsqu’une personne se trouvait derrière un écran », a-t-il déclaré à SiGMA News.

« Ce que nous avons créé, c’est la première couche transactionnelle conversationnelle destinée aux opérateurs de paris sportifs. »

Un sportsbook au cœur de la conversation

Les utilisateurs peuvent demander des matchs ou des marchés de paris en langage courant, au lieu de parcourir des menus et des filtres. Ils peuvent également envoyer des messages vocaux, utiliser des abréviations ou désigner les équipes par leurs surnoms.

Selon Swerdlow, cette technologie est conçue pour comprendre la manière dont les supporters parlent réellement du sport.

« Quelqu’un peut dire “Galácticos”, “Los Blancos”, “Madrid” ou simplement “Real”. Tous ces termes désignent la même équipe », explique-t-il.

« La plateforme comprend l’intention de l’utilisateur, pose des questions complémentaires lorsque c’est nécessaire et ne confirme un pari que lorsqu’elle est certaine d’avoir compris exactement ce que souhaite le client. »

L’opérateur reste responsable des cotes, des comptes clients, des paiements et des contrôles réglementaires. Les fournisseurs de paris conversationnels ne constituent qu’une interface supplémentaire, alimentée par les mêmes systèmes que le site web ou l’application mobile de l’opérateur.

« Toutes les cotes proviennent directement et en temps réel de la plateforme de trading de l’opérateur. Si une cote évolue avant que le client ne confirme son pari, la nouvelle cote lui est présentée pour validation, exactement comme sur un site web ou une application mobile », précise Swerdlow.

L’inscription, la vérification d’identité et les dépôts peuvent toujours nécessiter le recours aux procédures habituelles de l’opérateur, selon la réglementation locale. Swerdlow indique que l’objectif est de maintenir autant d’étapes que possible du parcours utilisateur dans WhatsApp, dans les limites autorisées par la réglementation.

Ce format pourrait également faciliter la conversion de la publicité en paris. Une personne qui voit une promotion pendant un match peut réagir immédiatement, sans quitter WhatsApp pour retrouver le même marché dans une application de paris sportifs.

BetCris, opérateur agréé de paris sportifs et de jeux en ligne présent en Amérique latine, a intégré la technologie de paris conversationnels de ChatBet à son offre. Hazel Zuñiga Gutierrez, responsable de l’automatisation chez BetCris, explique que ce service vise à réduire le temps entre l’intérêt initial du client et la validation de son pari.

« Pour nous, il ne s’agissait pas simplement de lancer un nouveau chatbot. Il s’agissait de supprimer les frictions entre l’intention du client et le placement d’un pari », a-t-elle déclaré à SiGMA News. « Si un client voit une publicité, reçoit un message promotionnel ou souhaite parier pendant un match en direct, il peut agir immédiatement sans changer d’application ni naviguer entre plusieurs écrans. »

Elle ajoute que les utilisateurs se sont rapidement familiarisés avec cette interface.

« Ce qui nous a le plus enthousiasmés, ce n’est pas simplement le lancement sur WhatsApp, mais la manière très naturelle dont les joueurs l’ont adopté. Ils n’avaient besoin ni d’instructions ni de formation. Ils ont tout simplement commencé à discuter. C’est exactement ainsi que la technologie devrait fonctionner. La conversation paraît naturelle parce qu’elle se déroule dans un environnement que nos clients utilisent déjà chaque jour, dans leur propre langage. »

Premiers résultats et ambitions à plus grande échelle

Selon Swerdlow, environ un utilisateur sur trois qui engage une conversation finit par créer un coupon de pari. Il affirme également que le revenu moyen par utilisateur actif a augmenté de 22 dollars, soit environ 19,30 euros.

« Nous observons un niveau d’engagement très encourageant sur les déploiements déjà en service », affirme-t-il.

Hazel Zuñiga Gutierrez indique que BetCris évalue cette solution en fonction du comportement des utilisateurs et de ses performances commerciales, plutôt que de son caractère innovant.

« Pour nous, le succès ne se mesure pas à la nouveauté. Il dépend du fait que les clients trouvent l’expérience plus simple et que cela se traduise par de meilleurs résultats commerciaux. Jusqu’à présent, nous sommes très satisfaits à la fois de l’engagement des utilisateurs et de la qualité des conversations sur WhatsApp. »

Les paris conversationnels émergent alors que les opérateurs repensent leurs services mobiles. Selon Eurostat, près de neuf internautes européens sur dix utilisaient un appareil mobile pour accéder à Internet en 2025. Des données distinctes de l’European Gaming and Betting Association montrent que les appareils mobiles ont généré 58 % des revenus des jeux de hasard en ligne en Europe en 2024.

Part des revenus des jeux de hasard en ligne par appareil (2019-2029). Source : EGBA.

Dans un premier temps, ChatBet cible les marchés où WhatsApp est déjà largement utilisé pour les échanges commerciaux et le service client, notamment en Amérique latine et en Afrique, dans des pays comme le Mexique et la Zambie.

Swerdlow affirme que l’entreprise suscite également l’intérêt d’acteurs européens, de médias sportifs, d’affiliés et de plateformes de marchés de prédiction.

« L’opportunité est bien plus vaste que les seuls sportsbooks et WhatsApp. Il s’agit de transformer les conversations sur toutes les applications de messagerie et les réseaux sociaux, de WhatsApp à Widgets, de TikTok à Snapchat et de Kick à Discord. »

La réglementation fixe les limites

Une affaire judiciaire jugée au Royaume-Uni en 2025 a illustré la différence entre les services agréés et les opérations de paris gérées via des messages privés. Un bookmaker non agréé a été condamné à une peine avec sursis après avoir retenu 269 000 livres sterling de gains dus à un client.

La Gambling Commission a indiqué que cette affaire démontrait les risques liés aux paris effectués en dehors du marché réglementé, où les consommateurs peuvent se retrouver sans protection ni recours clair pour récupérer leur argent.

ChatBet affirme toutefois que son modèle est fondamentalement différent, puisqu’il ne fixe pas les cotes, ne détient pas les fonds des clients et ne remplace pas les systèmes de conformité des opérateurs.

« La vérification d’identité, les paiements, les contrôles en matière de jeu responsable, les pistes d’audit et les comptes clients restent entièrement gérés par les systèmes agréés existants de l’opérateur », explique Swerdlow.

« Du point de vue réglementaire, nous sommes une interface de communication et de transaction, comparable à la manière dont les entreprises utilisent déjà les plateformes de messagerie pour interagir avec leurs clients, et non une plateforme de jeux de hasard distincte. »

Les paris conversationnels ne remplaceront probablement pas les applications de paris sportifs à court terme. Les opérateurs les considèrent plutôt comme un canal supplémentaire permettant d’accéder aux mêmes services de paris réglementés.

Hazel Zuñiga Gutierrez indique que BetCris constate déjà qu’une part significative de ses clients actifs utilise ce service, sans toutefois communiquer de chiffre précis.

« Les clients passent déjà plusieurs heures par jour dans cet environnement conversationnel. Les indicateurs de notoriété, de considération et d’engagement progressent fortement. »

Elle estime que les paris conversationnels évolueront aux côtés des services numériques existants plutôt que de les remplacer.

« Nous ne pensons pas qu’ils remplaceront les canaux existants pour le moment ; nous les voyons plutôt devenir un canal majeur supplémentaire. »

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